Burkina Faso : Le rapprochement avec le Togo soulève des questions

Alors que Ouagadougou était perçue comme le « dogme central » d’une nouvelle ère politique en Afrique, certaines incohérences du capitaine Ibrahim Traoré interrogent.

Il a récemment affirmé que le Togo est « plus qu’un pays frère, c’est un partenaire exceptionnel ».

Une déclaration qui surprend, tant elle contraste avec la posture souverainiste affichée jusque-là.

Elle intervient alors que Lomé a remis à Ouagadougou l’ex-président de transition Paul-Henri Sandaogo Damiba, accusé d’avoir tenté de renverser le pouvoir en place, selon les aveux diffusés à la télévision et les éléments présentés aux autorités togolaises.

Certains y voient un recentrage stratégique du capitaine Ibrahim Traoré, davantage préoccupé par la consolidation de son pouvoir face aux menaces internes que par le maintien d’une ligne idéologique constante.

Pourtant, c’est bien dans une logique de rupture que le Burkina Faso, aux côtés du Mali, avait tracé une ligne rouge face à la CEDEAO, lorsque celle-ci envisageait une intervention militaire au Niger en coordination avec la France. Une attaque contre Niamey aurait alors été considérée comme une attaque contre les trois pays.

Cette position a conduit à la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), redéfinissant les équilibres régionaux et faisant de Ouagadougou un centre névralgique de cette nouvelle architecture, portée par une vision inspirée du sankarisme.

Or, le sankarisme n’a jamais été un nationalisme étroit. Il reposait sur une solidarité panafricaine active. C’est d’ailleurs lors d’une crise régionale, et non nationale que l’AES a vu le jour.

Dans ce cadre, si le Togo de Faure Gnassingbé, héritier du pouvoir instauré par Gnassingbé Eyadéma avec le soutien constant de la France, a pu apporter un appui ponctuel dans la lutte contre le terrorisme, cela ne suffit pas à en faire un « partenaire exceptionnel ».

Le terrorisme transfrontalier exige une réponse collective, structurée et cohérente. Elle ne peut reposer uniquement sur des alliances circonstancielles, mais sur une véritable coopération régionale intégrant sécurité, diplomatie et traitement des causes profondes: pauvreté, marginalisation et instabilité sociale.

Tous les pays de la région, touchés à des degrés divers, ont un rôle à jouer.

Mais l’absence de vision souverainiste claire chez certains dirigeants, et les logiques d’intérêts propres, ne sauraient suffire à ériger le Togo de Faure Gnassingbé, fils de Gnassingbé Eyadéma, en modèle d’exception.

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