
Paradoxalement, lorsque le palais présidentiel de Laurent Gbagbo a été bombardé sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy au nom de la « démocratie », certains de ceux qui dénoncent aujourd’hui ce concept au nom de la souveraineté ne s’en étaient pas offusqués.
Ils ne s’indignent pas davantage sur d’autres épisodes marquants, comme la modification de la Constitution togolaise en 2002 permettant à Gnassingbé Eyadéma de se maintenir au pouvoir, ou encore la crise de 2005 qui a vu son fils, Faure Gnassingbé, accéder au pouvoir dans des conditions contestées et sanglantes avec le soutien de la France.
Aujourd’hui, au nom de la souveraineté, certains estiment que l’influence française devrait être remplacée par celle de la Russie.
D’autres vont plus loin, affirmant que la démocratie serait un simple instrument au service de puissances étrangères , un raisonnement pour le moins discutable.
Faut-il en conclure que la dictature serait une alternative viable pour l’Afrique?
L’histoire récente invite à la prudence. En Afrique du Sud, le régime de l’apartheid rejetait lui aussi la démocratie.
Pourtant, grâce à Nelson Mandela, le principe « un homme, une voix » a permis une transition pacifique, suivie d’une alternance politique.
Au Sénégal, la vitalité démocratique s’est illustrée par la capacité du peuple à s’opposer à certaines dérives et à favoriser l’alternance.
Aujourd’hui encore, des équilibres institutionnels permettent l’expression de divergences au sommet de l’État, entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.
À l’inverse, plusieurs pays du continent connaissent des logiques de confiscation du pouvoir ou de transmission dynastique, au Togo, comme au Tchad après la mort de Idriss Déby, ou encore dans d’autres États francophones, comme le Cameroun, la République du Congo, la Côte d’Ivoire, où la longévité des régimes interroge.
Comparer les trajectoires de la Corée du Nord et de la Corée du Sud, deux pays à l’histoire et à la culture proches, illustre les conséquences de choix politiques opposés : autoritarisme d’un côté, alternance démocratique de l’autre.
La démocratie n’est pas parfaite. Mais elle reste, en théorie, un système permettant aux citoyens de choisir librement leurs dirigeants et de demander des comptes.
Encore faut-il que ses principes soient respectés : élections transparentes, institutions solides, État de droit.
La rejeter en bloc pour servir des intérêts particuliers ou justifier des dérives autoritaires pose question.
La véritable interrogation n’est donc pas de « fuir la démocratie », mais de savoir quelle démocratie nous voulons pour l’Afrique et au service de qui.
On peut s’opposer à la France tout en défendant la démocratie.
En revanche, les mascarades électorales observées dans certains pays d’Afrique francophone n’ont rien à voir avec la démocratie.
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