
La polémique autour de la lettre de la directrice de France 24 continue de susciter des réactions.
Le contenu et la forme du courrier sont au centre des critiques.
La controverse est née après qu’un journaliste de la chaîne a qualifié le chef de l’État guinéen, Mamadi Doumbouya de « président putschiste « .
Les autorités ont suspendu le média, mais c’est la lettre d’explication envoyée par Vanessa Burggraf qui concentre désormais l’essentiel des interrogations.
Le débat dépasse largement le cas guinéen. Pour plusieurs observateurs, la France a une tradition d’accompagnement de transitions non constitutionnelles en Afrique, ce qui rend le qualificatif « putschiste » difficile à effacer.
Lorsque le président tchadien Idriss Déby est décédé dans des circonstances floues, la Constitution prévoyait que le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim.
Pourtant, le pouvoir est revenu à son fils, Mahamat Idriss Déby. La visite du président français à N’Djamena a été interprétée par certains analystes comme une validation implicite du putsch.
Un schéma similaire s’est produit au Gabon: après la mort d’Omar Bongo, son fils Ali Bongo a pris le pouvoir, peu après une visite de Nicolas Sarkozy à Libreville.
Au Togo, à la mort d’Eyadema, la succession constitutionnelle prévoyait également un intérim assuré par le président de l’Assemblée nationale.
La Constitution a été suspendue, permettant l’installation de Faure Gnassingbé, avec le soutien de Jacques Chirac.
Ces trois exemples alimentent l’idée d’une tradition « putschiste » française en Afrique.
À l’inverse, les militaires de l’AES (Mali, Niger, Burkina Faso) ont agi dans un contexte de désintégration sécuritaire après le bombardement de la Libye par l’OTAN, mené sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy.
Dans ces trois pays, les putschs récents peuvent être présentés comme des actes « réactionnaires » face à une menace terroriste croissante.
Les militaires au pouvoir sont perçus par une partie de la population comme les mieux placés pour organiser la riposte et restaurer la souveraineté nationale.
Pourtant, ce sont ces dirigeants de l’AES qui sont systématiquement qualifiés de « chefs de la junte » dans les médias qui accompagnent la diplomatie française en Afrique, dont France 24.
#AfricaLog