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Comment le président sénégalais veut se poser en médiateur international

May 16, 2010

Le président sénégalais Abdoulaye Wade, qui a participé à la libération par l'Iran de la Française Clotilde Reiss, multiplie les médiations internationales avec l'ambition de se forger une stature de "sage" de l'Afrique.

Le président français Nicolas Sarkozy a remercié dimanche trois chefs d'Etat étrangers: le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva d'abord puis le Sénégalais Wade ensuite et enfin le Syrien Bachar al-Assad, "pour leur rôle actif" dans la libération de Mlle Reiss.

Mais, un peu plus tôt dans la journée, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner ne s'était guère étendu sur les médiations de pays tiers: "on en parlera plus tard. Mais vous connaissez cette phrase: la victoire a beaucoup de pères, la défaite est orpheline".

Questionné sur la médiation du président Wade, il s'était refusé à toute commentaire: "regardez comme je suis muet". De son côté, le chef de l'Etat sénégalais a critiqué l'Elysée, sur la radio française RTL, pour avoir demandé à Dakar de suspendre sa médiation en novembre 2009.

Et dimanche en fin de journée, la présidence sénégalaise affirmait dans un bref communiqué que le président Wade, actuellement à Téhéran, "a reçu un appel téléphonique du président Sarkozy qui l'a chaleureusement félicité pour le rôle +déterminant+ qu'il a joué dans la libération de Clotilde Reiss".
Ces dernières années, le président Wade, 84 ans, au pouvoir depuis 2000, est intervenu dans le conflit du Darfour (Soudan), dans la crise malgache, a tenté de rapprocher les régimes de Khartoum et N'Djamena, et de rompre l'isolement du Zimbabwe de Robert Mugabe.

Les détracteurs du chef de l'Etat sénégalais critiquent un activisme brouillon, des interventions très médiatisées mais rarement efficaces et des relations étroites avec des pays mis au ban de la communauté internationale, comme l'Iran.

Sa plus belle réussite, à ce jour, était d'avoir convaincu l'opposition mauritanienne de participer à l'élection présidentielle de juillet 2009, remportée haut la main par le général Mohamed Ould Adel Aziz au terme d'un scrutin vivement dénoncé par ses opposants qui ont ensuite crié à la fraude.

Par contre, en Côte d'Ivoire comme en Guinée, le chef de l'Etat sénégalais s'est fait "doubler" par son homologue burkinabè, Blaise Compaoré, "grand médiateur en chef" de l'Afrique de l'Ouest francophone.
Président en exercice de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI), M. Wade avait même entamé en 2008 une médiation entre Israéliens et Palestiniens et affirmé avoir joué un rôle dans la libération d'Ingrid Betancourt, détenu plus de 6 ans en Colombie et libéré en 2008.

Ancienne colonie française indépendante depuis 1960, le Sénégal s'est grandement rapproché ces dernières années de l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad, tant sur plan politique qu'économique, tout en assurant Washington de sa fidélité, un "grand écart" diplomatique critiqué par ses détracteurs.
Dakar met tour à tour en avant sa position de pays du "Sud", à 95% musulman, africain mais aussi d'une démocratie stable ayant ses entrées à l'Elysée (présidence française) et soutenue par les Etats-Unis et l'Union européenne.

Dans un communiqué officiel samedi soir, Dakar a cité plusieurs entrevues datées entre officiels sénégalais et le secrétaire général de la présidence française Claude Guéant.
Le texte a précisé ensuite que "du 29 mars au 1er avril 2010, le ministre (et fils du président Wade) Karim Wade (a été) dépêché à Téhéran en compagnie de l'avocat Robert Bourgi".
M. Bourgi s'est longtemps présenté comme l'émissaire officieux du chef de l'Etat français auprès de ses "amis" chefs d'Etat africains et est considéré par de nombreux observateurs comme un des "piliers" de la Françafrique. - AFP