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La rébellion de Laurent Nkunda avance, menace une ville stratégique du Nord-Kivu

Nov 14, 2008

La rébellion de Laurent Nkunda a progressé d'au moins 20 km dans l'est de la République démocratique du Congo, à la faveur de pillages et d'un nouveau revers de l'armée congolaise, et se trouvait jeudi aux portes d'une ville stratégique de la province du Nord-Kivu. "Nous sommes à l'entrée de Kanyabayonga", à 100 km au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu, a affirmé le porte-parole du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP, rébellion), Bertrand Bisimwa. Selon des sources concordantes, les rebelles étaient plus précisément à une dizaine de kilomètres dans la périphérie sud de Kanyabayonga, verrou stratégique vers lequel convergent les principales routes du Nord-Kivu et qui contrôle l'accès à toute la partie nord de la province.

La Mission des Nations unies en RDC (Monuc), qui dispose d'une base à Kanyabayonga, n'a pas confirmé ses informations, indiquant simplement que la situation était restée calme dans le secteur. Les casques bleus et les Forces armées de RDC (FARDC, armée) "ont renforcé leurs positions sur Kanyabayonga", a précisé le porte-parole militaire de la mission onusienne, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich.

Plusieurs centaines de soldats congolais étaient présents jeudi dans la ville où les "FARDC sont en train de consolider leur structure de commandement", selon M. Dietrich. Les casques bleus avaient déjà renforcé en début de semaine leur dispositif dans la zone pour empêcher toute avancée rebelle, facilitée par les pillages à grande échelle auxquels se sont livrés dans au moins trois villes et plusieurs villages des éléments de l'armée régulière. Le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Gabriel Amisi, et le commandant de la Monuc, le général sénégalais Babacar Gaye, s'étaient rendus mercredi à Kanyabayonga afin d'essayer de réorganiser quelques unités fiables de l'armée.

Après l'humiliante défaite du 29 octobre à Goma, et alors que les rebelles campent depuis lors aux portes nord de cette ville d'un demi-million d'habitants, l'armée congolaise connaît ainsi un nouveau revers qui laisse la Monuc en première ligne. La progression du CNDP vers Kanyabayonga s'est faite sans combat d'envergure, les soldats de l'armée régulière ayant déjà fui, selon le porte-parole de la rébellion.

En deux jours, les rebelles se sont emparé pratiquement sans combattre d'au moins trois localités (Nyanzale, Kikuku et Kibirizi) qui marquaient jusqu'alors la ligne de front, faisant une percée vers le nord d'une vingtaine de kilomètres, selon le CNDP et deux sources indépendantes. "Nous constatons que l'adversaire est encore en train de fuir", a ironisé à ce propos Bertrand Bisimwa, qui n'a pas précisé si le CNDP souhaitait prendre Kanyabayonga. Lundi, le chef rebelle Laurent Nkunda avait réaffirmé respecter le cessez-le-feu décrété unilatéralement fin octobre par son mouvement, assurant ne faire que riposter aux attaques de l'armée. Conséquence des pillages de l'armée et de l'avancée rebelle, 2.000 Congolais ont trouvé refuge en Ouganda depuis mardi, portant à 12.000 le nombre de réfugiés congolais dans ce pays depuis fin août, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

A Kinshasa, le nouveau ministre congolais de la Justice, Emmanuel-Janvier Luzolo Bambi, a dénoncé "l'impunité et la corruption" dans l'armée et annoncé le lancement d'une grande opération main-propre, assurant qu'"aucun officier, général ou subalterne" impliqué dans de tels actes "ne (serait) épargné". L'Eglise catholique congolaise a par ailleurs appelé à la cessation immédiate des hostilités et estimé, en référence à la Monuc, "regrettable" que les violences "se déroulent sous l'oeil impassible de ceux qui ont reçu le mandat de maintenir la paix et de protéger la population civile".