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Togo: Faure met en garde contre la violence, l'opposition contre les fraudes

Mar 02, 2010

Que l'élection présidentielle de jeudi au Togo "se déroule sans violences", c'est ce que répète Faure Gnassingbé, cinq ans après le bain de sang qui avait suivi son élection contestée à la présidence. Ses opposants répondent: "élections sans fraudes = élections sans violences".

A l'aéroport de Lomé, le portrait du général Gnassingbé Eyadéma - qui dirigea le Togo sans partage pendant 38 ans jusqu'à sa mort en 2005 - accueille toujours les arrivants.

Mais son fils Faure préfère n'inscrire que son prénom sur ses affiches électorales - "plus haut, plus loin, plus Faure" - omniprésentes dans le centre de Lomé, capitale d'1,5 million d'habitants aux allures de grosse bourgade.

Aussitôt après le décès d'Eyadéma, un aréopage de généraux l'avait installé dans le fauteuil présidentiel paternel. Puis son élection - contestée- à la présidence avait fait s'embraser Lomé: la capitale frondeuse s'était emplie de barricades, les militants s'étaient armés de gourdins ou de machettes et la répression avait été massive. Bilan: 400 à 500 morts, selon l'ONU.

Cinq ans plus tard, le candidat-président de 43 ans ne manque pas une occasion de prôner la "non-violence".

"Excellence, vous avez la parole", lance l'animateur de son meeting électoral, lundi, trois jours avant le scrutin à un tour. En bras de chemise blanche et jeans, le président s'avance sur le tapis rouge qui a été posé sur la pelouse desséchée du petit stade d'Ablogamé, l'un des quartiers "chauds" de Lomé, fief de l'opposition.

Derrière lui: une demi-douzaine de chefs traditionnels coiffés de couronnes dorées. Devant lui: quelques milliers de personnes invariablement vêtues de tee-shirts à son effigie. Parmi elles, certaines femmes qui indiquent espérer un petit billet de dédommagement pour leur déplacement.

"Je veux rendre un hommage appuyé à mes mères, mes soeurs, mes frères du secteur informel" qui contribuent "grandement au développement économique de notre pays", dit-il en français, acclamé par des vendeuses des marchés voisins. Promettant de créer "un fonds spécial pour soutenir l'informel" ou de "simplifier l'impôt" dès 2011, Faure conclut en demandant "que l'élection se déroule dans le calme": "vous ne pouvez pas, dit-il, prendre le risque de ne pas travailler plusieurs jours à cause de violences politiques".

Puis la foule se disperse dans les rues de terre d'Ablogamé, fief de l'opposition, où la protestation de 2005 avait été violemment matée.

Moins d'une heure plus tard, dans le quartier de Nyékonapoè, des sympathisants de l'opposition se massent, vêtus de jaune, sur la lagune asséchée.

L'homme qui harangue la foule en mina (langue du sud), c'est l'opposant historique Gilchrist Olympio - fils du premier président du Togo indépendant, Sylvanus Olympio, assassiné en 1963 au cours d'un coup d'Etat ourdi par Eyadéma.

"L'heure a sonné! Ils doivent quitter (le pouvoir)! Ici, c'est le chômage, la misère, mais regardez les pays voisins: les autres évoluent et nous en sommes toujours là", dit en substance M. Olympio, qui n'a pas déposé sa candidature pour cause de maladie mais a laissé Jean-Pierre Fabre représenter l'UFC (Union des forces de changement).

Comme en réponse aux appels à la non-violence du président sortant, l'UFC affiche le slogan: "élections sans fraudes = élections sans violences".

Autour de l'estrade, des jeunes gens critiquent à haute voix la "dynastie Gnassingbé" et tout "le système". "Ils ont pillé les biens publics, transformé le pays en une affaire de famille", accuse Prince, étudiant "qui dort dehors".

"La population est tellement fatiguée d'eux, Faure et tous les autres", assure Antoine, "plombier sans travail" d'une trentaine d'années. "Si on (l'UFC) n'a pas de bons résultats, ça va chauffer", pense-t-il. - AFP