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Café-cacao ivoirien: La justice se trompe de prédateurs

Jul 19, 2010

A l’école de la démocratie et des droits humains, lentement mais sûrement, l’Afrique ravira le dernier rang de la classe à l’Asie, au Moyen-Orient ou encore à l’Europe de l’Est, où l’on n’hésite guère à pendre haut et court tous les contestataires nés, tant que nos gouvernants continueront à fouler aux pieds les libertés individuelles et, partant, celle de la presse.

Le record macabre de treize (13) journalistes tués et trente-deux (32) emprisonnés sous nos tropiques en 2009 achève de nous convaincre que la cohabitation démocratique entre les travailleurs de la plume et les tenants du pouvoir reste et demeure un vœu pieux. A mi-chemin de l’année 2010, l’état des lieux n’est guère reluisant, à en juger par les balles meurtrières qui ne cessent de s’abattre sur ces plumes qui troublent le sommeil de nos demi-dieux.

Excusez, alors, de ne citer que les tristes exemples du Nigeria de Jonathan Goodluck ; de la République démocratique du Congo (RDC) de Joseph Kabila ; de la Tunisie de Ben Ali ; du Cameroun de Paul Biya ; du Soudan d’Omar El-Béchir et ... de la Côte d’Ivoire de Laurent Koudou Gbagbo qui, hélas, après le sacrifice de Jean Hélène en 2003 et de Guy André Kieffer sur l’autel de la filière café-cacao, aux mains de la justice et dont les premiers suspects, tous proches du palais de Cocody, furent déférés à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) dans l’attente vaine de la moindre étincelle de vérité qui viendrait édifier les Ivoiriens.

Vaine attente en effet, au point que, face au mutisme de la justice, la presse, à travers “Le Nouveau Courrier”, vient de racheter ce dossier brûlant, publiant alors dans sa livraison du mardi 13 juillet “le livre noir de la filière café-cacao”, extrait du rapport d’enquête judiciaire, qui met en cause vingt-trois (23) personnalités pour détournements.

Audace qui coûte aujourd’hui à ses têtes pensantes (le directeur de publication, Stéphane Guédé, le directeur de la rédaction, Théophile Kouamouo, et le rédacteur en chef, Saint-Claver Oula) de croupir, à leur tour, à la MACA après qu’ils eurent refusé de livrer leur source d’information au procureur.

La justice, qui tenait là sa proie, ignore, en effet, royalement le délit de presse, usant de ruse pour le requalifier en problème de droit commun : vol de documents, le chef d’accusation est ainsi trouvé et voici venue la sentence qui brave la loi de 2004 sur la presse, qui interdit la détention préventive des journalistes au pays d’Houphouët. L’avenir ne s’annonce donc pas rose pour ces nouveaux pensionnaires de la MACA, dont le procès pourrait intervenir avant les vacances judiciaires du mois d’août, avec le risque d’une peine d’emprisonnement d’au moins cinq (5) ans.

Mais, en attendant, les Ivoiriens se demandent :
- pourquoi s’acharner en effet sur “le livre noir de la filière café-cacao” ?
- Pourquoi tant de temps pour connaître les tenants et les aboutissants de cette affaire, malgré ce dossier judiciaire fort bien ficelé de 137 pages ?
- Qu’est-ce qui fait trembler Gbagbo et les siens ?
- Guy André Keiffer peut-il ressusciter dans cette affaire ?
- Les journalistes doivent-il porter la croix des prédateurs de la filière café-cacao ?

Autant de questions toujours sans réponse à la veille de l’élection présidentielle en Eburnie, à l’occasion de laquelle aucun candidat ne veut se salir les mains ni ternir son image ; pas Gbagbo, en tout cas, le maître des lieux, qui court le risque de scier la branche sur laquelle il est assis. Déjà fragilisé par cette autre affaire pendante, et pas des moindres, celle dite Désiré Tagro, du nom de son ministre de l’Intérieur, qui ronge son empire, le champion du Front populaire ivoirien (FPI) n’a d’autre souci que de réussir la réconciliation des siens pour ne point démentir les sondages qui lui prédisent une victoire face aux barons du Rassemblement des Houphouétistes pour le développement et la paix (RHDP). De cet imbroglio politico-judiciaire le locataire du palais de Cocody pourra-t-il sortir blanc comme neige ? – L’Observateur Paalga