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Ouattara a donné jusqu'à minuit à Gbagbo pour partir

Dec 31, 2010

Alassane Ouattara, reconnu comme le président ivoirien par la communauté internationale, a donné à Laurent Gbagbo jusqu'à minuit ce vendredi pour quitter le pouvoir, lui promettant qu'"il n'aurait pas d'ennuis" s'il se retirait dans ce délai, a dit son Premier ministre Guillaume Soro.

La France déploie une intense activité diplomatique

La France déploie une intense activité diplomatique pour tenter de renforcer le statut du rival de Laurent Gbagbo sur la scène internationale. Il fut un temps où Paris ne tournait pas sept fois sa langue dans sa bouche avant de lancer ses parachutistes à l'assaut des rebelles qui menaçaient les présidents dictateurs africains. En vertu des accords de défense signés avec ses anciennes colonies après les indépendances et qui la contraignaient à intervenir en cas de tentative de déstabilisation des pouvoirs en place, la France a volé au secours du maréchal Mobutu au Zaïre en 1978, du Tchadien Hissène Habré en 1983 ou du président togolais Eyadema en 1986 En cinquante ans, les soldats de l'ancienne métropole ont foulé une quarantaine de fois le sol africain, pour porter secours aux ressortissants français ou aux pouvoirs en place.

Ce temps est révolu, si l'on en juge la nouvelle stratégie française qui s'est mise en place depuis le début de la crise en Côte d'Ivoire. Les autorités françaises ont en effet exclu d'intervenir militairement dans le conflit, comme elles le firent par exemple en 2004, quand l'armée assiégée avait ouvert le feu devant l'hôtel Ivoire à Abidjan.

Paris, qui a très vite lâché Laurent Gbagbo, déploie en revanche une intense activité diplomatique pour tenter d'asseoir le pouvoir de son rival Alassane Ouattara sur la scène internationale. La France semble avoir pris la tête d'une sorte de coalition diplomatique formée de l'ONU, des États-Unis et de l'Union européenne et dont le but serait d'isoler le président sortant. Le 17 décembre, Nicolas Sarkozy a exhorté Gbagbo à quitter son poste avant la fin de la semaine. Après avoir pris la décision d'installer un nouvel ambassadeur pro-Ouattara à Paris, le Quai d'Orsay a annoncé que les pays de l'UE ne reconnaîtraient plus que les ambassadeurs du président «légitimement» élu. Une position délicate.

Me Vergès et Dumas en Côte d'Ivoire pour soutenir Gbagbo

Prenant le contrepied de la position dominante en France, l'avocat et l'ex-ministre des Affaires étrangères, qui vont défendre les «autorités en place», ont dénoncé l'ingérence française et internationale en Côte d'Ivoire.

C'est un discours peu entendu ces derniers temps. Jeudi, les avocats français Jacques Vergès et Roland Dumas, invités à Abidjan pour soutenir et conseiller le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo , ont égratigné la position pro-Ouattara de Paris et de la communauté internationale, dénonçant une ingérence injustifiée.

«Qu'est-ce qui autorise le gouvernement français à intervenir dans une querelle électorale en Côte d'Ivoire ? Le temps de la colonisation et des juges de paix à compétence étendue est terminé», a déclaré sur la chaîne iTélé Jacques Vergès, 85 ans, connu pour ses engagements tiers-mondistes, notamment sur le continent africain.

Après un entretien d'une heure avec Laurent Gbagbo au palais présidentiel, les deux ténors français du barreau ont confirmé qu'ils allaient défendre les «autorités en place». «On va s'occuper» du dossier, a assuré Roland Dumas, 88 ans, député socialiste, avocat et ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand. Il a expliqué qu'il était venu à Abidjan avec Me Vergès pour «étudier» la situation dans le pays et faire un «Livre blanc».

Laurent Gbagbo «est devenu un symbole» car il «représente une Afrique nouvelle, une Afrique qui ne s'incline pas», «et c'est ça qui est intolérable pour les dirigeants français», a ajouté Jacques Vergès.

"La Cédéao prendra par la force le pouvoir à Laurent Gbagbo et le donnera à Alassane Ouattara"

L'Afrique de l'Ouest misait toujours vendredi sur le dialogue pour résoudre la crise en Côte d'Ivoire, avec le retour de médiateurs lundi à Abidjan, mais se préparait à une éventuelle intervention militaire, "dernier recours" pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir.

Les chefs militaires de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) "se sont rencontrés mardi et mercredi pour mettre la machine en marche", a indiqué à  Abuja le porte-parole de l'armée nigériane, le colonel Mohamed Yerimah.

"Si tous les moyens de persuasion politique échouent", "la Cédéao prendra par la force le pouvoir à Laurent Gbagbo et le donnera à Alassane Ouattara", reconnu président par la communauté internationale, a-t-il prévenu, évoquant un "dernier recours".

Cependant, malgré la menace d'une intervention armée brandie depuis une semaine par l'organisation actuellement présidée par le Nigeria, la voie du dialogue reste privilégiée.

Après une mission cette semaine à Abidjan, les présidents Boni Yayi (Bénin), Ernest Koroma (Sierra leone) et Pedro Pires (Cap-Vert) doivent revenir lundi en Côte d'Ivoire. Et le président nigérian Goodluck Jonathan doit faire le point ce vendredi au Bénin avec Boni Yayi.

Mais aucun des deux rivaux ne paraît prêt à céder. Gbagbo renouvelle régulièrement son appel à la discussion, mais se considère comme l'unique chef de l'Etat, proclamé par le Conseil constitutionnel. Vainqueur pour la commission électorale, Ouattara souhaite que la médiation "aille vite" pour lui permettre d'occuper le fauteuil présidentiel.

La situation sur le terrain reste très tendue, après des violences qui ont fait en deux semaines 179 morts selon l'ONU, en dépit d'une forte baisse des exactions au cours des derniers jours.
Les violations des droits de l'Homme dans le pays depuis la présidentielle du 28 novembre pourraient constituer des "crimes contre l'humanité" qui doivent être "sévèrement punis", ont averti vendredi des experts de l'ONU.

Le conseiller spécial onusien chargé de la prévention du génocide, Francis Deng, s'est déclaré de son côté "très inquiet", insistant sur des informations selon lesquelles des maisons où vivent des opposants à Gbagbo seraient "marquées pour identifier leur ethnie".

Dans ce climat, même si les étrangers n'ont pas été "directement menacés", la France a recommandé de nouveau à ses ressortissants - environ 14.000, dont une moitié de bi-nationaux, enregistrés avant la crise -, notamment les "familles avec enfants", de quitter "provisoirement" le pays.

A court terme, les risques d'affrontement restent très élevés, à l'orée de 2011

Le leader des "jeunes patriotes" pro-Gbagbo a appelé ses partisans à "libérer à mains nues", après le 1er janvier, l'hôtel qui sert de quartier général à Ouattara à Abidjan.
Ouattara est retranché avec son gouvernement, dirigé par le chef de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) Guillaume Soro, au "Golf hôtel", soumis à un blocus routier des forces pro-Gbagbo et protégé par 800 Casques bleus et des éléments FN.

Si Blé Goudé a fixé un objectif et une période, il s'est gardé de donner un rendez-vous précis, mais pour l'ONU le pire est à craindre.

"Une attaque contre le Golf hôtel risque de provoquer des violences à grande échelle qui pourraient rallumer la guerre civile", a alerté le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.
La mission de l'ONU dans le pays, l'Onuci (quelque 9.000 éléments), peut utiliser "tous les moyens nécessaires pour protéger son personnel ainsi que les fonctionnaires d'Etat et les autres civils présents dans l'hôtel", a-t-il prévenu.

Des experts de l'ONU craignent "des crimes contre l'humanité"

Les violations des droits de l'homme en Côte d'Ivoire, à la suite de l'élection de fin novembre, pourraient constituer des "crimes contre l'humanité" qui doivent être "sévèrement punis", affirment vendredi dans un communiqué des experts de l'ONU.

Paris recommande le départ des familles françaises

La France a recommandé vendredi le départ des familles françaises avec enfants résidant en Côte d'Ivoire et a annoncé le report de la rentrée scolaire dans les écoles françaises prévue en janvier, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Jack Lang exhorte Laurent Gbagbo à «partir»

L'ancien ministre Jack Lang a exhorté jeudi le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo à «partir» et à «sortir par le haut» et jugé «inacceptable qu'il puisse refuser les décisions des urnes et de la commission électorale» qu'il avait «lui-même contribué à mettre en place».
«Je lui ai écrit, j'ai essayé de le joindre, j'ai appelé son entourage, je n'ai pu le joindre directement, mais je lui dis par votre intermédiaire "Laurent, il est temps de partir et de sortir par le haut et de faire que la Côte d'Ivoire aujourd'hui déchirée, divisée, puisse retrouver pleinement la paix" et connaisse le régime démocratique dont il a été lui-même le fondateur», a lancé sur RTL le député du Pas-de-Calais.

La commission électorale réfute les accusations de Gbagbo

Deux responsables de la Commission électorale indépendante (CEI) de Côte d'Ivoire, dont son président Youssouf Bakayoko, ont rejeté vendredi à Paris les accusations de fraude et d'irrégularités du camp de Laurent Gbagbo dans la proclamation des résultats de l'élection du 28 novembre.

"Personne ne nous a dit que les calculs que nous avons faits étaient entachés d'irrégularités", a déclaré Youssouf Bakayoko, lors d'une conférence de presse avec son porte-parole Yacouba Bamba, assurant en particulier avoir respecté les délais de transmission des résultats, favorables à Alassane Ouattara, l'adversaire de Laurent Gbagbo.

Le président de la commission électorale rejetait ainsi l'une des accusations avancées par le camp Gbagbo qui soulignait que cette proclamation n'était pas valide, car hors délai, et qu'il revenait alors au Conseil constitutionnel d'annoncer le vainqueur du scrutin.

Il a expliqué que la CEI avait "trois jours pour transmettre" les résultats sous enveloppes à différentes autorités, "ce que nous avons fait". "La notion d'heure limite pour annoncer les résultats est une interprétation abusive de la loi", a-t-il dit.

Le président sortant Gbagbo a accusé le président de la CEI non seulement d'avoir proclamé le résultat des élections le 2 décembre après le délai légal, mais aussi de l'avoir fait sous l'influence des ambassadeurs de France et des Etats-Unis.

"Ils sont allé chercher Youssouf Bakayoko, le président de la Commission électorale indépendante, pour le conduire à l'hôtel du Golf qui est le quartier général de mon adversaire", a affirmé cette semaine Laurent Gbagbo à des journaux français.

"Nous avons cherché un endroit sécurisé pour proclamer les résultats", s'est justifié M. Bakayoko, tandis que M. Bamba relevait que "les conditions n'étaient plus réunies pour les proclamer au siège de la CEI, transformé en véritable camp militaire".

Yacouba Bamba a écarté, de son côté, toute négociation entre les deux camps pour sortir de l'impasse.
"Des négociations ont eu lieu avant le scrutin (....) On a eu trop de négociations. C'était pour nous permettre d'avoir des élections justes et équitables. Maintenant quelle négociation peut-il y avoir ?", a-t-il demandé.

"Notre message aux Ivoiriens est de garder patience. Les Ivoiriens se sont exprimés dans les urnes. Il faut que la volonté du peuple soit respectée", a-t-il souligné.

"Nous n'avons pas l'occasion de communiquer avec les Ivoiriens par la radio télévision nationale. A l'étranger, on peut donner notre version des faits sur le scrutin", a-t-il expliqué.

Le responsable de la CEI a montré un procès-verbal de la région de la vallée du Bandama, dont le chef-lieu est Bouaké et dont il était le superviseur, signé par les représentants des deux candidats.
Selon lui, les rapports des préfets de ces régions favorables à Alassane Ouattara ne "font pas état de morts ni d'urnes emportées contrairement à d'autres régions de l'ouest du pays, où il y a eu des morts et des urnes cassées et emportées". "Pourquoi, dans des régions favorables à un candidat, estime-t-on devoir éliminer des voix", a-t-il interrogé.

Alassane Ouattara a été déclaré par la CEI vainqueur de l'élection présidentielle, ainsi que par la communauté internationale. Mais le Conseil constitutionnel a proclamé M. Gbagbo élu, invalidant les résultats de la CEI et estimant que des fraudes s'étaient produites dans le nord. – AfricaLog avec agence