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La CPI, une arme à double tranchant pour le pouvoir Ouattara

Oct 05, 2011

L'enquête à venir de la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes commis durant la crise post-électorale est une arme à double tranchant pour le nouveau pouvoir ivoirien, qui espère être débarrassé de rivaux mais pourrait voir certains de ses soutiens inquiétés.

Au lendemain de l'annonce d'une enquête sur les crimes contre l'humanité et crimes de guerre qui auraient été commis après la présidentielle du 28 novembre 2010, la presse favorable au chef d'Etat Alassane Ouattara et celle proche de l'ex-président Laurent Gbagbo tiraient d'ailleurs des conclusions contrastées.

"Gbagbo ira en prison chez les Blancs", cingle mardi Le Patriote, quotidien très proche du nouveau président. Le Premier ministre Guillaume "Soro et Ouattara dans des beaux draps!", assène Le Temps (pro-Gbagbo).

Au nom de la lutte contre l'impunité, M. Ouattara avait très tôt demandé que la CPI se saisisse des crimes "les plus graves" perpétrés après le refus de son rival de reconnaître sa défaite au dernier scrutin. La crise de décembre 2010 à avril-mai 2011 a fait quelque 3.000 morts, selon l'ONU.

"Il vaut mieux que Gbagbo soit jugé à l'extérieur, il y aura moins de suspicion d'une +justice des vainqueurs+", explique à l'AFP Christian Bouquet, professeur de géographie à Bordeaux (France) et spécialiste de la crise ivoirienne.

Ce soupçon a enflé après le placement en détention préventive et l'inculpation - pour atteinte à la sûreté de l'Etat, crimes économiques ou crimes de sang - de Laurent Gbagbo lui-même, son épouse Simone et plusieurs dizaines de personnalités de son bord. Aucune figure du camp Ouattara n'a encore été poursuivie.

Le pouvoir ne cache pas qu'il est surtout pressé de voir M. Gbagbo emmené à La Haye, et présente même son éventuel transfert comme un moyen de faciliter la "réconciliation".

Mais les juges de la CPI n'ont pas seulement fait état d'une "base raisonnable" pour croire à des attaques "commises par les forces pro-Gbagbo contre la population civile", ils ont aussi indexé le camp Ouattara pour le même genre de faits, notamment dans l'Ouest, qui fut le théâtre de tueries.

Aux heures les plus chaudes de la crise, le président Ouattara avait dit "à plusieurs reprises" à ses combattants des Forces républicaines (FRCI) d'avoir "un comportement exemplaire, il y a eu plusieurs mises en garde", fait-on valoir dans son entourage, jurant que "personne ne sera protégé".

Des ONG internationales ont mis en cause par exemple Chérif Ousmane, pilier de la rébellion nordiste de 2002, qui fut chef des opérations FRCI dans le bastion pro-Gbagbo de Yopougon, à Abidjan. Actuellement numéro 2 de la garde présidentielle, il est un homme de confiance d'Alassane Ouattara.

Pour Christian Bouquet, "ça peut rendre service au pouvoir que ce soit l'extérieur qui gère ce genre d'affaires" qui "l'embarrassent encore plus".

Mais dans l'immédiat, malgré la sérénité affichée par le ministre de la Justice Jeannot Ahoussou Kouadio - "aucune gêne, aucune crainte", disait-il lundi -, l'entrée en scène de la CPI sème le trouble au sein du nouveau régime, affirme un diplomate en poste à Abidjan.

"Chez certains c'est panique à bord", avec la crainte d'une "grosse crise"si des cadres FRCI devaient à terme être livrés à La Haye, assure-t-il.

Alors que la très délicate réunification de l'armée est encore balbutiante, la CPI peut, avance-t-il, "compliquer encore plus la donne". – AfricaLog avec AFP