Bénin : Le nouveau pouvoir béninois a-t-il « honte » du partenariat militaire avec la France?

Quelques jours seulement après l’investiture du président Romuald Wadagni, le Bénin a été frappé par une attaque terroriste dans le nord du pays.

Un choc d’autant plus fort que, dans son discours très suivi, le nouveau chef de l’État avait fait du rapprochement avec les pays voisins une priorité stratégique.

Un choix logique puisque le développement du Bénin ne peut se concevoir dans une sous région en crise, et une coopération renforcée avec les pays de l’AES serait bénéfique pour les populations.

Pourtant, un élément surprend: aucun communiqué officiel n’a été publié après l’attaque.

Peut être le temps que les nouveaux services de communication se mettent en place. Mais ce silence interroge.

L’invitation des leaders de l’AES à l’investiture de Wadagni et leur présence a été perçue comme un geste d’ouverture. Les observateurs attendent désormais la suite.

Le nouveau président ne devrait pas avoir « honte » du partenariat militaire avec la France. Mais il doit aussi composer avec une réalité nouvelle.

Les Africains comprennent mieux aujourd’hui les limites de la France, notamment dans la lutte contre le terrorisme. Pendant longtemps, on pensait que rien ne pouvait se faire sans Paris. Ce n’est plus le cas.

Dans un monde marqué par une compétition géopolitique intense, les alliances doivent être réévaluées en permanence. Même la Russie, puissance militaire majeure, a sollicité l’appui de la Chine, de l’Iran ou de la Corée du Nord dans la guerre en Ukraine.

De la même manière, la France n’est peut être pas le partenaire le plus adapté pour une guerre asymétrique et prolongée contre des groupes armés dans le Sahel.

Un rapport de l’Assemblée nationale française a d’ailleurs mis en lumière les limites capacitaires de l’armée française en cas de conflit de haute intensité. Un élément qui nourrit le débat sur l’efficacité de son engagement dans certaines zones sahéliennes.

Les pays africains doivent diversifier leurs partenariats militaires tout en continuant à construire leurs propres armées.

Lorsqu’un pays dépend d’une force étrangère pour sa sécurité, il est logique que cette puissance impose ses priorités, y compris dans l’accès aux ressources naturelles.

Si le Bénin veut un partenaire pour le foie gras, la France est toute indiquée. Mais pour la sécurité face au terrorisme, l’ardoise doit être revue. Il s’agit d’identifier le partenaire le mieux adapté au problème à résoudre.

Puisque Romuald Wadagni a fait de la coopération sous régionale une priorité, les dirigeants de l’AES, tous militaires, tous passés par le front, tous familiers des limites de la coopération française, partageront certainement leurs expériences et leurs enseignements.

Le Bénin n’a pas à avoir honte. C’est maintenant que beaucoup comprennent mieux ce que la France peut et ne peut pas offrir. L’heure est à la lucidité stratégique, pas à la gêne diplomatique.

« Le Bénin ne cédera pas à la peur. L’État sera ferme face à tout ce qui menace notre cohésion et notre sécurité. Nous continuerons d’investir dans nos forces de défense et de sécurité », a déclaré Romuald Wadagni lors de son investiture. Quelques jours plus tard, le pays est frappé par les terroristes.

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