Le « laboratoire » de la France en Afrique se trouve-t-il au Togo?

Emmanuel Macron s’est récemment présenté comme « panafricaniste » lors du sommet Africa Forward à Nairobi, au Kenya.

Il a même déclaré: « Nous sommes les vrais panafricanistes ». AfricaLog ne raconte pas des bobards.

Le président français a également annoncé 27 milliards de dollars d’investissements pour l’Afrique. Alors, pourquoi certains restent-ils sceptiques lorsque Macron se présente comme un « panafricaniste positif » prêt à investir sur le continent?

Pour certains observateurs attentifs, il faut regarder du côté du Togo afin de comprendre comment certaines pratiques politiques controversées, initiées dans ce pays, auraient été progressivement institutionnalisées ailleurs sur le continent.

Selon cette lecture, plusieurs grandes évolutions politiques ayant ensuite touché l’Afrique francophone ont commencé au Togo, ou avec l’implication du Togo.

Pourquoi? Parce qu’avant de généraliser un modèle à grande échelle, il faut souvent le tester en « laboratoire » dans un espace plus contrôlable, avec une population et une dimension plus réduites.

C’est au Togo qu’a eu lieu l’un des premiers assassinats d’un président africain après les indépendances, avec celui de Sylvanus Olympio en 1963.

Beaucoup considèrent cet événement comme un tournant majeur de l’histoire politique africaine postcoloniale. D’autres assassinats ont ensuite suivi dans plusieurs pays du continent.

Puis, dans les années 1990 et 2000, alors que les revendications démocratiques se multipliaient en Afrique, c’est aussi au Togo que les modifications constitutionnelles liées aux troisièmes mandats ont marqué les esprits sous Gnassingbé Eyadéma. D’autres pays emprunteront ensuite cette voie.

Le Togo est également cité comme l’un des premiers exemples de succession héréditaire du pouvoir en Afrique francophone, avec l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé après la mort de son père. D’autres pays suivront ensuite ce modèle, notamment le Gabon et le Tchad.

Aujourd’hui, le Togo est de plus en plus décrié, notamment en raison d’une nouvelle Constitution perçue par certains comme ayant été taillée sur mesure pour permettre à l’ex-président de la République, devenu président du Conseil des ministres, de se maintenir durablement au pouvoir.

C’est également la médiation togolaise, qui avait partagé le pouvoir en Sierra Leone entre le gouvernement élu et les rebelles, à travers « l’Accord de Lomé », qui avait contribué à repositionner le chef rebelle sierra-léonais Foday Sankoh comme interlocuteur politique contrôlant des zones diamantifères.

Ce modèle de « médiation » deviendra une référence dans la CEDEAO, passant notamment de Gnassingbé Eyadéma à Blaise Compaoré, devenu à son tour un « médiateur » régional dans plusieurs grandes crises, notamment en Côte d’Ivoire.

Dans cette logique critique, en poussant la réflexion, on peut alors se demander si le pouvoir togolais est devenu, lui aussi, un « panafricaniste positif », à l’image de Macron.

Notamment après certains choix diplomatiques et sécuritaires récents, comme l’extradition expéditive de l’ex-chef d’État du Burkina Faso Paul-Henri Sandaogo Damiba vers Ouagadougou, comme un colis, ou encore l’ouverture du port de Lomé aux pays de l’AES alors que d’autres voisins avaient fermé leurs frontières.

Dès lors, si Emmanuel Macron promet aujourd’hui 27 milliards de dollars d’investissements pour l’Afrique, pourquoi une partie de l’opinion africaine continue-t-elle de se méfier de la France?

Après la proposition du président français, Faure Gnassingbé a lui aussi annoncé que tous les Africains pourraient désormais se rendre au Togo sans visa.

Des actes concrets de deux « panafricanistes positifs ».

Paradoxalement, les plus sceptiques envers la France estiment pourtant que le Togo, partenaire historique de Paris et souvent associé à ses « basses besognes », aurait, lui, subitement changé, alors même que les deux pays semblent désormais inscrits dans ce « panafricanisme positif macronien »?

#AfricaLog

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