
Le capitaine Ibrahim Traoré a eu, pour certains, le bon réflexe lorsque Paul-Henri Sandaogo Damiba a fait revenir au palais présidentiel Blaise Compaoré, chassé du pouvoir par une insurrection populaire. Ce coup d’État « réactionnaire » a été perçu comme salutaire.
De même, lorsque la France, alliée à certains dirigeants de la CEDEAO, a envisagé une intervention militaire au Niger, la réaction conjointe du Mali et du Burkina Faso, considérant toute attaque contre le Niger comme une attaque contre eux, a contribué à la naissance de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette posture, pour ses partisans, a permis d’éviter une nouvelle humiliation pour l’Afrique.
Aujourd’hui, l’AES fait face à une crise sécuritaire majeure. Dans ce contexte, la priorité donnée à la sécurité peut justifier certaines restrictions et le report d’échéances électorales. Mais cela ne saurait légitimer certains modèles de gouvernance.
Peut-on, d’un côté, dénoncer l’ingérence étrangère au nom de la souveraineté, et de l’autre, présenter le pouvoir héréditaire togolais comme une ‘exception’ acceptable?
Appeler à « fuir la démocratie » revient à ignorer, voire à cautionner, les souffrances infligées par certaines dictatures aux populations.
Au Togo, le pouvoir incarné par Faure Gnassingbé s’inscrit dans une continuité dynastique héritée de Gnassingbé Eyadéma. Cette transmission du pouvoir, loin d’être anodine, interroge sur la réalité de la souveraineté populaire.
Peut-on parler de choix démocratique lorsque le pouvoir se perpétue au sein d’une même famille depuis des décennies? Pour de nombreux citoyens, cette “stabilité” vantée masque surtout une confiscation durable du pouvoir.
C’est une erreur de justifier ouvertement le soutien à un dirigeant controversé par opportunisme, au risque de minimiser les réalités vécues par les populations.
Pourtant, les pratiques du passé persistent souvent sous de nouvelles formes. L’Afrique francophone, en particulier, a besoin de dirigeants capables de rompre avec ces logiques pour permettre une véritable émergence.
L’histoire récente rappelle que certains rôles de « médiateurs » régionaux ont souvent été associés à des jeux d’influence. Faure Gnassingbé semble aujourd’hui prolonger le rôle que son père jouait dans la région, souvent en lien avec les intérêts français.
Par exemple, c’est à Lomé que le criminel, chef rebelle Foday Sankoh a été imposé comme vice-président en Sierra Leone, à la suite d’un accord controversé soutenu par Gnassingbé Eyadéma. Les groupes rebelles du Revolutionary United Front (RUF) avaient alors conservé le contrôle des ressources diamantifères.
Après la mort de Gnassingbé Eyadéma, le rôle de « médiateur » régional semble s’être transmis à son fils, Faure Gnassingbé, notamment à travers les missions qui lui sont confiées par l’Union africaine.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte où la gouvernance de l’organisation elle-même interroge : son président, Mahmoud Ali Youssouf, est un ancien ministre des Affaires étrangères de Djibouti, pays dirigé par Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis plusieurs décennies.
Djibouti reste l’un des rares États africains à accueillir une base militaire française, et entretient des relations étroites avec Paris. Cette proximité alimente les critiques sur l’influence persistante de la France dans certains mécanismes de médiation et de décision à l’échelle continentale.
Face à la menace du terrorisme, transfrontalier et mouvant, la réponse doit être collective et lucide. Mais cela ne doit pas conduire à fermer les yeux sur des systèmes politiques contestés.
Le Togo peut jouer un rôle régional dans la lutte contre le terrorisme, mais son modèle de pouvoir héréditaire ne saurait être érigé en exemple, suite à la livraison de Damiba à Ouagadougou comme un colis.
Pour beaucoup, le Togo reste un système à éviter, au risque de perdre toute authenticité.
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