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France: le retour de l'extrême droite

Mar 15, 2010
Le premier tour des élections régionales en France a donné lieu à une remontée surprise de l'extrême droite, encore menée par son vieux chef Jean-Marie Le Pen, qui a retrouvé une capacité de nuisance contre Nicolas Sarkozy en profitant des débats sur l'immigration.
Le FN «Ã©tait annoncé comme vn'aincu, mort, enterré par le président de la République. Il a démontré qu'il était toujours une force nationale», s'est réjoui Jean-Marie Le Pen qui, à 81 ans, s'offre un dernier sursaut.
Ce bon score, certes inférieur aux 14,70% des régionales de 2004, était inattendu après la déroute du parti aux législatives de 2007 (4,29%) suivie d'un petit 6,3% aux européennes de 2009.
Le FN va même pouvoir se maintenir au second tour dans 12 régions sur 22 (hors outre-mer), compliquant encore la tâche de la droite dans les rares régions, comme l'Alsace (est), où elle peut gagner.
Tête de liste en Provence Alpes Côte d'Azur (sud), Jean-Marie Le Pen y a réalisé le meilleur score de son parti avec plus de 20% en reprenant le discours classique du FN dénonçant «l'invasion migratoire» et l'insécurité.
Dimanche soir, il est ainsi apparu à la télévision, brandissant une affiche de campagne interdite par la justice qui représente une femme intégralement voilée à côté d'une carte de France recouverte du drapeau algérien sur laquelle se dressent des minarets en forme de missiles. Cette affiche portait l'inscription: «non à l'islamisme».
Selon le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême-droite, le FN a en partie bénéficié du débat sur «l'identité nationale» mis sur l'agenda par Nicolas Sarkozy depuis l'automne et qui s'est retourné contre le président.
«Les petites phrases se sont multipliées pour en faire un débat sur l'immigration. Le résultat est que le Front national en a profité», estime M. Camus.
La stratégie de Nicolas Sarkozy qui, depuis la campagne de 2007, consistait à aborder sans complexe les thématiques de la sécurité et de l'immigration, ne semble plus fonctionner auprès d'un électorat déçu par l'action du président face à la crise.
«Les milieux ouvriers qui ont voté Sarkozy en 2007 pour son discours sur la valeur travail et la sécurité ne s'y retrouvent plus aujourd'hui», juge Jean-Yves Camus.
Le FN ajoute aux thématiques classiques sur l'immigration un discours anti libre-échange de nature à concurrencer la gauche auprès des catégories populaires (ouvriers, employés) qui souffrent de la crise.
Dans le nord de la France, vieille région industrielle, la fille de  Jean-Marie Le Pen, Marine, a fait plus de 18%.
Dotée de la même aisance oratoire que son père, bien que plus policée, elle conforte ainsi sa position de favorite à la succession de son père face à l'autre prétendant Bruno Gollnisch, qui a réalisé 14% dans la région Rhône-Alpes (centre-est).
Celle-ci devrait intervenir à l'automne 2010 ou au printemps 2011, même si le fondateur du FN, qui a atteint son sommet en se qualifiant pour le second tour à la présidentielle de 2002, aime à rester ambigu en répétant qu'il pourrait continuer «tant que Dieu lui prête vie».
Reste que, si le FN a été trop vite enterré, son isolement limite son influence politique.
«Il est une force qui empêche le système de tourner, mais ce n'est qu'une force de contestation. Personne aujourd'hui en France n'a l'intention de former une coalition avec le Front», souligne Jean-Yves Camus. - AFP