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Célébration du 1er mai à Conakry sur fond de rivalité syndicale

May 01, 2012

Yamoussa Touré empêché de manifester avec son groupe de dissidents syndicalistes à Matam pendant que Amadou Diallo et les centrales syndicales célébraient la fête au Palais du peuple.

Le 126ème anniversaire de la journée mondiale des travailleurs guinéens a célébré en guinée ce 1er mai, à l’Esplanade du palais du peuple de Conakry. Le thème retenu pour la cérémonie festive a été intitulé: «La liberté syndicale dans l’unité d’action». Le défilé des syndicalistes issues des huit centrales syndicales du pays a été l’un des moments forts de la fête. Ils avaient tous arborés différentes uniformes pour la circonstance. Parmi les invités : des délégués syndicaux de l’OIT (Organisation internationale du travail), Hadja Rabiatou Sérah Diallo, présidente du CNT et présidente d’honneur de la CNTG (Confédération nationale des travailleurs de Guinée), le Premier ministre, Mohamed Saïd Fofana, la ministre de la Fonction publique et du Travail, Fatoumata Tounkara, la présidente du Patronat guinéen, Gnouma Traoré, des anciens syndicalistes Mariama Penda Diallo, Ousmane Souaré ainsi que le gouverneur de la ville de Conakry, Comandant Sékou Resco Camara. Cinq discours dont ceux d’Amadou Diallo, Secrétaire général de la CNTG, de la ministre Fatoumata Tounkara et du Premier ministre, Saïd Fofana.

Amadou Diallo, après avoir souhaité aux invités la bienvenue au nom des huit centrales syndicales du pays, a salué la marche triomphale des hommes et des femmes qui ont donné leur vie pour le bien-être des travailleurs sur toute la planète en 1886. On se rappelle qu’à cette date 300 000 travailleurs lançaient à Chicago (Etats-Unis d’Amérique), un puissant mouvement de grève pour contester l’état d’esclavagisme des travailleurs et réclamer l’amélioration des conditions de vie et de travail. «Cette journée historique, pour avoir été la plus brutale et la plus répressive des siècles derniers a connu son lot d’horreurs avec l’arrestation, la condamnation et la pendaison publique de 4 militants syndicaux, qui furent innocentés sept ans plus tard à titre posthume et leurs noms portés sur la liste des grands hommes du monde du travail.»

Le 1er mai est célébré ainsi à travers le monde pour fustiger les «répressions policières de l’époque, les traitements dégradants dont étaient victimes les travailleurs pris comme des outils, mais aussi pour se souvenir de tous les camarades qui ont perdu la vie sur la voie de la sauvegarde de la justice sociale et du changement.»

Le SG de la CNTG n’a pas raté l’occasion pour rendre à ces martyrs un hommage. Il n’a pas aussi manqué de rendre le même hommage aux centaines d’hommes, de femmes et d’enfants morts en Guinée lors des évènements de 2006, 2007, 2009 et 2010. Ces derniers, selon l’orateur ne réclamaient qu’une portion de leurs droits existentiels, le changement et le bonheur de leur pays. Pour leur rendre un hommage, une minute de silence a été observée par la foule.

Parlant de la CNTG et de la guerre de leadership qui l’oppose à Yamoussa Touré, Amadou Diallo a souligné: «Aujourd’hui encore, le mouvement syndical guinéen souffre profondément de tentatives de division et de déstabilisation surtout depuis le 16ème congrès de la CNTG. Cela s’est traduit par des agressions et attaques multiples, aussi bien sur la personne des responsables syndicaux que sur les locaux historiques de la Bourse du travail, le 17 octobre 2011.» Comme si cela ne suffit, a-t-il poursuivi, on assiste à des scènes intolérables comme la création «de syndicats fantômes, qui malgré l’annulation de leur arrêté resté sans effet, continuent à se faire des velléités dans certaines Préfectures, dans leur but inavoué de remettre en cause la longue lutte que nous avons âprement menée pour le changement…» Mais, martèle-t-il, les syndicalistes ne se lasseront point de dénoncer à la face du monde les infinis harcèlements à travers des convocations intempestives dans les tribunaux, des menaces de licenciements des délégués dans les entreprises et des tentatives de fermeture de la Bourse du Travail par des autorités administratives et judiciaires, qu’il a refusées de nommer. Amadou Diallo a dénoncé les nombreuses tracasseries policières perpétrées à travers des barrages érigés en toute impunité sur toutes les voies interurbaines. Selon lui, les syndicalistes sont en proie à l’expression d’un véritable mépris de la part de certaines autorités publiques qui, soit intimident soit s’impliquent directement dans le fonctionnement des syndicats, malgré tous les droits que leur confèrent les différentes conventions internationales de l’OIT, ratifiées par la Guinée dès 1959. Ces agissements seraient en contradiction au changement prôné par la Troisième République et ils constituent des violations graves de la liberté syndicale et au respect des droits humains. Malgré ces intimidations, le mouvement syndical guinéen est resté soudé et uni, en abordant ce défi avec détermination, courage et engagement. D’autant qu’ils sont soutenus par les organisations syndicales nationales, sous-régionales, africaines et internationales.

La ministre du Travail, Fatoumata Tounkara, a rendu hommage aux syndicalistes et leur a promis que le gouvernement reste à leur écoute pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Elle a promis d’être leur messager auprès du Gouvernement.

Les doléances

Selon Louis M’bemba Soumah, de l’ONSLG (Organisation nationale des syndicats libres de Guinée), le thème retenu pour la célébration du 1er mai en Guinée est un signe qui traduit la volonté unanime de la classe ouvrière guinéenne d’unir ses efforts pour mieux défendre les intérêts matériels et moraux de ses mandants. Présentant le manifeste ou cahier de doléances des salariés guinéens, il a tenu à préciser: «Nous savons d’avance qu’on ne peut parler de travail décent que si le travailleur a la possibilité de faire manger normalement sa famille, supporter les frais de scolarité de ses enfants, supporter le payement du loyer, supporter les frais médicaux liés à la santé de sa famille». Parlant des actes posés par le gouvernement, M. Soumah a salué au nom du mouvement syndical, l’unicité de la caisse de l’Etat qui aurait freiné l’hémorragie financière, la réduction des RTS (Retenu taxe sur salaire), l’augmentation de 20 % des pensions civiles, la mise en place des quatre commissions tripartites pour améliorer les conditions de vie des travailleurs.

Toutefois, selon lui, les travailleuses et travailleurs de Guinée demandent au gouvernement la finalisation des travaux de négociation sur l’instauration du SMIG (Salaire minimum interprofessionnel garanti) en Guinée, l’amélioration des condition de retraite et des retraités, les mesures d’une couverture et d’une protection sociale efficace dans le secteur public, la conception d’une meilleure politique de l’emploi et de sous-traitance, l’application des Statuts particuliers des enseignants et du personnel de la santé qui dorment encore dans les tiroirs poussiéreux de l’administration.

Et de réitérer la demande du mouvement syndical guinéen relatif à l’augmentation de 200 % des salaires indiciaires: «Je dis bien une augmentation de 200 % de salaires indiciaires des travailleurs toute catégorie confondue». La subvention des organisations syndicales, la non-ingérence des autorités dans les affaires syndicales, la mise en place d’une politique de construction de logements sociaux en faveur des travailleurs, l’application des conventions ratifiées par la Guinée notamment la 87 et la 98 de l’OIT, toutes relatives à la liberté syndicale et celle d’association et de négociation collective. Les travailleurs guinéens souhaitent également que soit promulgué, dans les meilleurs délais, le nouveau Code de travail et ses textes d’application, que soient supprimés les barrages interurbains et que cessent les tracasseries des agents de sécurité. Ils n’ont pas oublié également de réclamer la mise en place d’un réseau urbain et interurbain de transport, la mise en place de la Commission nationale du dialogue social, l’appui aux travailleurs pour la mise en place des PME et PMI.

Yamoussa Touré empêché de manifester à Matam

Parallèlement à la célébration de la Journée mondiale des travailleurs, le syndicaliste Yamoussa Touré qui se dispute le Secrétariat de la CNTG avec Amadou Diallo depuis septembre 2011, a organisé une contre manifestation au siège de la Mairie de Matam, à environ trois kilomètres du Palais du peuple. Très tôt le matin, les forces de l’ordre, armées de matraques et de bombes lacrymogènes ont investi l’endroit avant l’arrivée de Yamoussa Touré et de son groupe. Ces agents ont fait comprendre à ce groupe de syndicalistes que la célébration de ce 1er mai n’a jamais été fêtée en deux endroits différents et elle se fête au Palais du peuple et non pas à une mairie.

Devant cet arsenal des forces de l’ordre les dissidents syndicalistes sont allés dans une cour d’en face pour lire une déclaration et fustiger: «C’est déplorable que dans notre pays, la violation de la démocratie syndicale soit observée sur le terrain au moment où tout le monde entier fête la Journée internationale du travail. Les autorités guinéennes ne devraient pas empêcher une centrale syndicale de célébrer cette fête qui est chère à la classe ouvrière mondiale». Yamoussa Touré de poursuivre en ces termes: «Aujourd’hui, la rentrée de la commune de Matam est barricadée par les forces de l’ordre malgré que nous avions écrit au Ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation et Mme le maire de Matam. L’accord nous avait été donné le 30 mai, à 10h. Malheureusement vers 18h, on nous rappelle pour nous dire que l’accord ne tient plus». Fermant cette parenthèse, le syndicaliste de menacer: «Nous ne pouvons pas accepter la privatisation du 1er mai. Il n’en est pas question. Chacun dans son cadre doit fêter en tant que syndicaliste le 1er mai qui est une journée internationale. Même à Paris, il y a 300 défilés dans des lieux différents. Les deux challengers pour le fauteuil présidentiel français sont répartis entre les lieux et bien d’autres autorités administratives et politiques. Pourquoi pas chez nous? Nous n’allons pas accepter cette injustice, cette inégalité. On nous oblige d’aller au Palais. Nous n’irons pas là-bas parce que ce n’est pas notre cadre. Nous ne voulons pas aller au Palais pour créer des remous, des incidents fâcheux devant la plus haute autorité de la Guinée».

S’abstenant d’avancer un nom d’un quelconque membre du gouvernement, Yamoussa Touré a accusé le gouvernement d’avoir interdit sa manifestation. Des rumeurs indiquent qu’un ministre a téléphoné à M. Touré la veille pour lui demander de renoncer à sa manifestation et d’être dans les rangs d’Amadou Diallo.

En tous les cas, des observateurs à Conakry se disent surpris que Yamoussa Touré ait été empêché de manifester alors qu’il est soupçonné d’être soutenu par le pouvoir en place. Curieusement, M. Touré s’est dit satisfait. Le 1er mai, lui aurait permis de prouver qu’il n’est pas avec le gouvernement: «C’est une victoire pour nous. Nous sommes lavés», a crié un syndicaliste.

Rappelons que Amadou Diallo et Yamoussa Touré se disputent le fauteuil du secrétariat général de la CNTG depuis son 16ème congrès tenu en septembre de l’année dernière. L’intervention du président Alpha Condé dans ladite crise n’a pas encore apaisé l’ardeur des deux protagonistes qui sont devant la Cour d’Appel de Conakry, depuis janvier, après que le Tribunal de travail de Mafanco ait débouté les deux camps. Des juristes ont estimé que cela a été une exception internationale.

«Lorsqu’un juge est saisi d’un dossier, c’est soit il se dit compétent et donne raison à qui de droit ou non, ou bien il se déclare incompétent, mais il ne peut en aucun cas dire qu’aucun des deux protagonistes n’a raison», nous a confié un enseignant en droit d’une des Universités privées de Conakry.

Il faut également préciser qu’à la veille du 1er mai 2012, le Président Alpha Condé a rencontré le camp Amadou Diallo, à huis-clos.

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