
Sonko limogé. Comprendre le risque d’une opposition redoutable du parti Pastef et d’une motion de censure contre le nouveau gouvernement.
Le limogeage d’Ousmane Sonko ouvre désormais la voie à une possible crise institutionnelle au Sénégal.
Le principal risque, une motion de censure contre le futur gouvernement nommé par le président Bassirou Diomaye Faye.
Chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye détient le pouvoir de nomination aux fonctions civiles et militaires. Mais malgré ce pouvoir institutionnel, il ne contrôle pas tous les leviers politiques.
Depuis l’annonce du limogeage, plusieurs proches d’Ousmane Sonko auraient déjà commencé à quitter leurs fonctions, refusant de rester dans un appareil d’État désormais considéré comme hostile à leur leader.
Parmi eux figureraient notamment Kadidja Diouf, présidente de l’Agence de surveillance du développement local, El Hadj Diagne, directeur de la SONACOS, ainsi que Mouhamed Abdallah Ly, directeur de l’Agence du Musée des Civilisations noires.
Au sein du parti Pastef, la colère est montée d’un cran.
Une grande partie de la base militante, restée fidèle à Ousmane Sonko, considère Bassirou Diomaye Faye comme un « traître » ayant tourné le dos au projet de « rupture » qui avait porté le mouvement au pouvoir.
Les premières réactions observées dans les 24 heures suivant le limogeage montrent des militants déterminés et mobilisés derrière Sonko. Le Bureau politique national du Pastef a salué le bilan d’Ousmane Sonko, réaffirmant sa fidélité au projet politique porté par le parti depuis son accession au pouvoir en 2024 ainsi qu’à son leader.
Pour les observateurs attentifs, les tensions actuelles étaient prévisibles.
La nomination de l’ex-première ministre Aminata Touré à la tête de la coalition Diomaye Président, une décision qui avait déjà provoqué des désaccords avec Ousmane Sonko.
Un rapport de force qui pourrait devenir explosif si la majorité parlementaire décidait de s’opposer au futur gouvernement. Le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, est un fidèle lieutenant d’Ousmane Sonko.
Le président Bassirou Diomaye Faye ne peut pas dissoudre immédiatement l’Assemblée nationale. Et même en cas de dissolution en 2027, rien ne garantit que la coalition Bassirou Président pourrait battre le Pastef lors de nouvelles élections législatives.
Dans ce contexte, le risque d’une motion de censure contre le prochain gouvernement apparaît plausible.
Porté au pouvoir grâce au programme de « rupture » incarné par Ousmane Sonko lors de la présidentielle de 2024 et des législatives de 2025, le Pastef pourrait désormais mener une opposition interne redoutable jusqu’à la présidentielle de 2029.
Selon les informations d’AfricaLog, un ultimatum aurait déjà été adressé au président concernant les « caisses noires », un sujet qui constituait l’un des engagements phares du Pastef durant la campagne présidentielle.
Le refus présumé du chef de l’État de mettre fin à cette pratique serait également devenu un point majeur de désaccord avec Ousmane Sonko.
Il faut désormais s’attendre à ce que le Pastef passe à l’offensive à l’Assemblée nationale afin de priver la présidence des fonds spéciaux communément appelés « caisses noires ».
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